L'Horloge,

L'Horloge,


LXX
XV - L'Horloge


H
orloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Don
t le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi!
Les
vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ai
nsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
C
haque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.


T
rois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pom ta vie avec ma trompe immonde!


R
emember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
L
es minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas cher sans en extraire l'or!


S
ouviens-toi que le Temps est un joueur avide
Q
ui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour crt; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.


Tant sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
O
ù tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!"

Charles Baudelaire

# Gepost op dinsdag 08 april 2008, 17u44

Gewijzigd op maandag 11 augustus 2008, 11u12